AbouElJinane Lina : Lauréate INSEA promo 2007


Fraîchement diplômée, Lina rêve déjà de créer son propre bureau d’étude, mais cela ne l’empêche pas de regretter les examens et les bons moments passés à l’internat de l’INSEA (eh oui vous avez bien lu, elle regrette bien les examens). Modeste et toujours souriante, elle n’hésite pas à nous faire part de tout son parcours et ses anecdotes.


« Si on me laissait faire, je prolongerais la durée obligatoire des stages car c'est effectivement sur le tas qu'on apprend le plus. »


« Notre économie a longtemps été à la merci de la pluie et du beau temps. Pour que ça change, un coup de pouce étranger ne nous ferait pas de mal. »


28/12/84 : Naissance à Casablanca.

Juin 2002: Obtient son bac branche science maths, au lycée Mohammed V.CAB265NZ (grand)

Juillet 2004 : Après 2ans de prépas MP au lycée Mohammed V, elle intègre l’INSEA.

Projet du futur : Monter ma propre affaire: un bureau d'étude dédié au trafic maritime.



Commençons par le commencement! Nom, prénom, âge, ville natale, couleur préférée, plats préférés, tes hobbies, ton niveau d’étude, bref tout que l’on voudrait bien connaître à propos de Lina.

Nom: AbouElJinane, prénom: Lina, âge: 22 ans et des poussières (9 mois plus précisément),plats préférés: tout ce qui est à base de pomme de terre, mes hobbies: la lecture, le cinéma et les rollers, ville natale: Fès par héritage, Casablanca de naissance et d’attache , niveau d'étude: Ingénieur d’état,spécialité : recherche opérationnelle(RO), école: INSEA, statut actuel: à la recherche d’un emploi.


D'après ce que je sais, tu viens d'avoir ton diplôme il y' a quelques mois. Comment s’est passé la dernière ligne droite de ta formation : le PFE (projet de fin d’étude) ?

Eh bien c'était une véritable aventure que ce projet car le sujet choisi (simulation d'une plateforme logistique bimodale) n'avait jamais été abordé avant, ni de près ni de loin. Donc, le premier mois, c’était le black-out total question documentation, meilleure marche à suivre, données à exploiter (inexistantes vu que la plateforme n’était toujours pas opérationnelle à ce moment là)...Heureusement pour moi j'ai eu un professeur encadrant hautement compétant. De plus, des correspondances avec des chercheurs étrangers généreux en documentation m'ont été d'un grand secours...Et le tout s'est soldé par un projet assez réussi pour sa durée ( trois mois)...De plus j’ai tellement apprécié le domaine de la logistique que je pense y consacrer ma carrière..

De vrais projets, des choix de carrières, et Lina, ingénieur d'état, ça donne quoi?

Ça fait un papier à encadrer et à accrocher à l'entrée ; un papier qui traîne derrière lui 17 ans de dur labeur (avec un pic en dernière année), beaucoup de stress, de bon souvenirs, de moins bons aussi...Le diplôme était un but pour moi, maintenant que je l'ai, je me rends compte que ce n'est pas si impressionnant que ça! J’ai encore tout à apprendre.

Effectivement, le diplôme n’est finalement qu’un papier qui représente plusieurs années de hard working, Qu’est ce qui te manque le plus dans ta vie estudiantine ? Ne me dis pas les examens ?

(rire) Aussi paradoxal que ça puisse paraître, les périodes d’examens étaient celles où l’on collectionnait le plus de bons moments vu qu’on cherchait à tout prix à fuir la préparation : ils avaient leur charme je dirais (je dis ça parce que c'est fini pour moi). Ce qui me manque le plus, c’est la vie à l'internat en général, faite de complicité, d’entraide, d’éclat de rire, de rixes (sanglantes des fois lol) ,de repas improvisés (qui ne ressemblaient à rien mais qu’on trouvait délicieux au passage) et de profonde amitié..

Effectivement les examens comptent beaucoup pour nous tous, donc tu étais le genre à être toujours la première de ta classe, ou bien, tu gardais ton énergie pour tes études supérieures ?

Disons que jusqu'au bac j'ai toujours été le stéréotype de l'élève "brillante" (vous savez nattes et grosses lunettes lol ),toujours parmi les trois premiers...En prépas, j'ai un peu perdu le nord, ma volonté de repousser mes limites s'est envolé avec le système prépas. A l'INSEA ca s'est arrangé petit à petit et j'ai fini major de promo dans ma branche (Il faut dire que nous n’étions que douze en tout et pour tout lol)

Toutes mes félicitations pour la major de sa branche, mademoiselle Lina AbouElJinane, mais revenons un peu en arrière, un jour (sûrement après de brillants résultats au bac) tu as pris l'ultime décision de faire les classes préparatoires, et t'engager ainsi dans une entreprise sans scrupule ni avenir sûr (ça sonne bien lol ), aucun regret?

Les prépas pour moi, c'était l'enchaînement logique d'un bac sciences maths ni plus ni moins. Ils exigent une sacrée dose de nerfs solides, de volonté et de persévérance pour réussir sans encombres...Personnellement, je ne m'y suis pas tuée à la tâche, mais ce fut quand même une expérience très enrichissante vu que je m'en suis sorti plus solide émotionnellement (et surtout indemne lol) et avec beaucoup de bons souvenirs en prime. Donc pas le moindre regret.

Comme dit l’adage « tout ce qui ne tue pas rend fort », donc tu as certainement vécu comme la plupart des anciens taupins deux années pleines « d’ascenseurs émotionnels » lol, peux tu nous donner de plus amples détails sur ton centre de prépas, et l’ambiance qui y régnait ?

J’ai fait mes prépas dans le même lycée où j'ai passé mon secondaire (Mohammed 5), donc aucun dépaysement lors de la transition. En première année (sup), l’ambiance générale était très... festive: innombrables fêtes d'anniversaire, concerts de guitare, partie de volley Ball, tournois de scrabble,activités culturelles, cinéma collectif, bref on ne s'ennuyaient pas du tout.. En spé, ça s'est nettement calmé avec la menace du concours qui planait

Vous étiez plutôt gâtés alors, on entend rarement parler d’un math sup sans trop de peine !! Et puis Mademoiselle Lina a opté pour l’INSEA, pourquoi cette école ?

Réponse directe et sans ambages: ça me permettait de me débarrasser de la physique, mon talon d’Achille, en faveur des maths. L'INSEA a été mon objectif depuis que j'en ai entendu parler en début de spé par d'anciens taupins l'ayant intégré. En optant pour l’école, j’avais dans l'idée de faire de l'actuariat finance(le classique de l'institut).Et puis une année de tronc commun est passée, et j'ai changé de cap.

Certes, le tronc commun permet aux étudiants d’avoir une année de formation généraliste pour choisir après la filière la plus appropriée et opportune à leurs attentes, ainsi tu t’es retrouvée dans la branche : recherche opérationnelle, de quoi il s’agit exactement ?

La première année, je n'ai eu qu'une seule matière RO (pas assez pour se forger une opinion décisive).Néanmoins, et en procédant par élimination, j’ai fini par opter pour. Pour ce qui est de sa définition, c’est une technique scientifique utilisant des outils mathématiques, statistiques et informatiques, et ayant pour but l'analyse et la synthèse des phénomènes d'organisation utilisables pour élaborer les meilleures décisions. Pour simplifier les choses, c’est une histoire de maximisation du profit, minimisation des coûts et du temps.

Et pour reprendre l'expression d'un de mes professeurs: «la RO est un art plus qu'une technique», vu qu'il existe toujours des logiciels pour la résolution des problèmes. Le tout consiste à se creuser les méninges pour formuler un modèle mathématique qui cerne la complexité des problèmes réels.

Maximisation du profit, minimisation des coûts et du temps, telle est ta devise alors lol, et à part les études que tu as, apparemment appréciés, que peux tu nous dire à propos de la vis estudiantine à l’INSEA, C’est ce que tu attendais d’une école d’ingénieurs ou l’on est censé s’épanouir et sortir de la monotonie des classes prépas ?

Épanouissement dès la première semaine effectivement : travail très à l'aise, matières très diversifiées, plus pratiques et intéressantes pour la plupart. L'esprit de compétition des prépas (un peu malsain je dois dire) s'atténue et laisse place à un travail en équipe qui se concrétise par des ateliers de travail la veille des examens,en plus de cours de renforcement dispensés par les anciens.

On avait aussi pas mal de clubs (informatique, PNL, artistique, japonais, anglais), des semaines culturelles clôturées par les fameuses soirées artistiques (de réputation inter...école grâce à Radio Télévision INSEA avec son Prison break entre autre lol) et des excursions organisées par notre BDE.

Et en parlant de ta formation, on ne pourra omettre de citer l'expérience indispensable pour tout élève ingénieur; les fameux stages, on dit même que c'est ce contact avec l'entreprise qui permet à l'étudiant d'intégrer le monde professionnel et d'appliquer les notions théoriques acquises, que peux-tu nous dire à propos de ses stages que tu as effectués au moins chaque été lors de tes études à l’INSEA ?

Si on me laissait faire, je prolongerais la durée obligatoire des stages car c'est effectivement sur le tas qu'on apprend le plus...Concernant les stages au Maroc, il faut savoir s'incruster, déranger, questionner, insister pour pouvoir espérer en profiter au maximum, car contrairement au cours académiques l'information ne nous est pas acquise, il faut aller la chercher.

On dit souvent qu’il est bien difficile d’avoir un stage au Maroc. Comment tu as fait pour avoir les tiens? L’école s’en est chargée ou bien c’est le papa qui a pris cette initiative ?

Le papa, les frères, les oncles, tout le monde s'y est mis lol. Dans le cas de l’INSEA, l’école te dépanne en dernier recours, si vraiment tu te retrouves au pied du mur en juillet... En fin de compte, tout le monde « est casé » quelque part, le tout est dans la qualité du stage qui laisse parfois à désirer.

Que dieu te garde ta famille, au moins entre parents on a souvent tendance à s’entraider, lol, sinon, quel est la plus grande « catastrophe » que tu as causée à une société d’accueil lors de tes stages ?

(Rire) Je n'ai pas eu assez de responsabilités pour déclencher un tsunami, mais ça ne saurait tarder avec un boulot,

Ça ne tardera pas à venir alors, n’oublie pas de me prévenir au cas où, pour que je prépare mes bagages bien avant l’apocalypse dont tu seras la responsable, lol. Sinon, voyageons dans le futur et supposons que tu es devenue une PDG d’une société (incha allah pourquoi pas) quels sont les critères dont tu tiendras compte pour embaucher (ou non) un ingénieur ?

Pour ce qui est des compétences techniques, le niveau des lauréats est en général assez homogène. Tout se joue sur le niveau de culture générale du candidat, son aptitude à communiquer avec aisance, à défendre ses idées, à garder son self control dans les situations critiques. Ce sont là des qualités qui font en fin de compte, le petit plus des perles rares.

Réponse pertinente, encore faut-il que nos écoles d’ingénieurs assurent cette formation polyvalente qui permettra à nos élèves ingénieurs d’exceller et dans les connaissances techniques et dans les aptitudes de communication, penses tu que c’est encore possible de garder ce bon niveau avec le challenge de 10000 ingénieurs par an ?

Former autant de compétences est un projet très louable en lui même, surtout dans un pays comme le notre qui en a grandement besoin. Maintenant, on ne doit pas lésiner en moyens humains et financiers pour garder le niveau actuel, sinon l’améliorer (pourquoi pas ?).

Quand je parle d’amélioration, je vise en particulier le niveau de communication chez les élèves, qui, pour l’instant est loin d’être privilégié par nos écoles d’ingénieurs locales. Ca reste un effort personnel de tout un chacun..

Tu as malheureusement bien raison. Qu’est ce que tu peux proposer à nos écoles et aux élèves ingénieurs pour remédier à ce problème ?

Je pense qu'il faudrait beaucoup plus d'exposés obligatoires, d’interventions en publique devant un auditoire important,des amphis moins bondés pour faciliter l’échange d’idées, des cours de langues aussi et de techniques d’expressions...Ça atténuera un peu de la "passivité" des élèves plus habitués à recevoir qu'à donner.

Espérons que l’on réussira à enlever cette passivité qui limite les capacités de nos ingénieurs, sinon Lina, quels sont tes objectifs pour le court et le long terme incha Allah ?

 

Dans le court terme, je dirais me faire une expérience de 3 à 5 ans en logistique (idéalement dans la gestion de terminaux à conteneurs), même si le secteur est encore majoritairement « masculin » et toujours à un stade embryonnaire chez nous, vu que notre marché local est relativement assez limité. Je pense ensuite monter ma propre affaire: un bureau d'étude dédié au trafic maritime toujours (eh oui ce PFE un vrai coup de foudre lol). Autrement je pense aussi reprendre des études en formation continue dès l’année prochaine inchalah.

J’espère que tu exhausseras tous tes vœux incha Allah, et pour ce qui est d’un Maroc meilleur, tu n’as pas de stratégie particulière pour améliorer la vie dans notre bled ?

J'adore le Maroc, et je pense que c'est un pays où l'on vit beaucoup mieux qu'ailleurs. Économiquement parlant, c’est déjà un grand chantier avec tous les investissements étrangers, l'offshoring... Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face et dire que tout est parfait.

Ce qui devient urgent à l’heure actuelle à mon avis, c’est une indexation des salaires, car le niveau de vie est en chute libre depuis un bon bout de temps maintenant.

Tu as évoqué dans ton intervention les investissements étrangers et l’offshoring, penses-tu qu’il est nécessaire que notre économie nationale dépend toujours de l’autre, ne serai-ce pas le moment opportun pour promouvoir nos propres potentiels et bâtir le Maroc de demain ?

Notre économie a longtemps été à la merci de la pluie et du beau temps. Pour que ça change, un coup de pouce étranger ne nous ferait pas de mal...Tels que je les vois, ces investissements s’inscrivent dans le cadre d’une politique de développement assez efficace vu que ça incitera les entreprises locales à produire plus de qualité, concurrence oblige ! Sans parler de la création d’un nombre considérable d’emplois directs et indirects. Tant que c'est dans l'intérêt du pays, pourquoi pas?

Oui pourquoi pas ? Un dernier mot pour les taupins et les élèves ingénieurs ?

Aux taupins, je dirais : donnez-vous à fond, car le rythme effréné des deux ans est largement récompensé une fois l’objectif atteint. Et pour le choix d'une école d'ingénieur, n’essayez pas de suivre la tendance générale, mais essayez de vous informer le plus possible à propos des écoles pour trouver votre propre vocation.

Au élèves ingénieurs je dirais: Ne vous relâchez pas, profitez au maximum de votre formation, et choisissez votre projet de fin d'étude avec le plus de soin possible. Et bonne chance a tous

Merci Lina pour le temps agréable que j'ai passé avec toi lors de l’interview, Nous te souhaitons bonne chance et un Aid Moubarak said :)

C'est moi qui te remercie. On se retrouvera très prochainement lorsque je serais devenu PDG lol. Bonne continuation à toute l'équipe et 3idkoum mebrouk aussi.

 

 

 

Interview réalisée par Imane(Imane_7)