Khalid Najib : Professeur de l’enseignement supérieur à l’ENIM et président de la Société Marocaine des Mathématiques Appliquées

Khalid Najib, Professeur de l’enseignement supérieur à l’ENIM et président de la Société Marocaine des Mathématiques Appliquées, nous raconte à travers cette interview, riche d’informations et de témoignages, son parcours académique, ses études en France et sa vision de la Recherche scientifique. Il partage avec nous également son expérience au sein de la Société Marocaine des Mathématiques Appliquées, les moments forts du dernier Congrès organisé, et ses projets futurs.

« Le plus beau moment (du dernier congrès des mathématiques appliqués), de mon point de vue, fut la conférence du Professeur J.P. Kahane, de l'Académie des Sciences qui a parlé du retour de l'Esprit de Fourier, ou du feed back entre l'intuition physique et la rigueur mathématique. »

« Une prise de conscience des entreprises marocaines de la nécessité de la Recherche & Développement est perceptible dans les secteurs de grande valeur ajoutée technologique. Elle reste embryonnaire. Nous devons, nous les scientifiques, à travers nos associations, nos laboratoires, convaincre de sa nécessité. »

« Je pense que le défi (former 10.000 ingénieurs) vaut la peine d'être relevé, même si le marché mondial de l'emploi nous prend nos ingénieurs. »

 

2 Février 1958 : Naissance à Casablanca

1977 -1983 : Après une Licence puis une Maitrise de Mathématiques et applications fondamentales, il obtient un DEA en analyse numérique et calcul scientifique à l’université de Saint Etienne, France.

Juin 1988 : Obtient son Diplôme de Doctorat en mathématiques appliquées, Option Analyse Numérique, à l’Université Lyon1.

Décembre 1994 : Doctorat d’Etat ès Sciences en mathématiques appliquées, Option Analyse Numérique, à l’Université Ibn Tofail

Depuis Septembre 2000 : Professeur de l’Enseignement Supérieur à l’Ecole Nationale de l’Industrie Minérale (ENIM)

Auteur de plusieurs publications scientifiques et président de la Société Marocaine des Mathématiques Appliquées

 

Bonjour Monsieur Khalid Najib! Tout d’abord je tiens à vous remercier au nom de l’équipe Maroc-inge d’avoir accepté d’être notre interviewé de la semaine

Une petite présentation pour commencer : Votre nom et prénom, métier, âge, lwlidate...?

Nom : Najib. Prénom : Khalid, Professeur de l'enseignement supérieur à l'Ecole Nationale de l'Industrie Minérale, j’y enseigne les Mathématiques appliquées. J'ai 50 ans, je suis né à Casablanca. Je suis marié, deux garçons; 19 ans et demi et 15 ans.

Maintenant on sait tout (ou presque) :)

Vous savez monsieur Najib, nous les étudiants nous aimons parler de formation, diplômes, ... J'ai appris que vous avez passé une bonne partie de vos études supérieurs en France. Parlez nous un peu de cette phase de votre vie. Pourquoi la France? Pourquoi pas le Maroc? Qu'est ce que vous avez le plus apprécié? Qu’est ce qui vous a le plus déplu?

Je suis parti en France en Septembre 1977. A l'époque, il y avait une seule faculté des sciences: la fac des Sciences de Rabat, et le gouvernement marocain offrait des bourses d'études pour la France. J'ai préparé à Saint Etienne une licence puis une maitrise de mathématiques appliquées. Je suis parti à Lyon (à côté) pour préparer un DEA, puis une thèse en analyse numérique que j'ai soutenue en 1988.

Ce qui a été le plus intéressant c’est que les laboratoires de recherche en mathématiques appliquées ont fait d'énormes progrès en créant des relations avec l'industrie et l'industrie a commencé à financer des travaux de recherche.

Le sujet de ma thèse était proposé par RhonePoulenc (Radiotéca actuellement) une grande multinationale de la chimie. Il s'agissait de modéliser les écoulements de polymères dans des tuyauteries. A travers cette petite et brève expérience, j'ai mesuré à quel point la recherche (dont les retombées ne sont pas immédiates) peut contribuer au développement.

La France qui, en 1981, était le parent pauvre de la liaison université-entreprises en Europe, s'est hissée aux premières places et est devenue une référence quelques années après.

Etant nombreux en tant qu'étudiants étrangers, nous avons appris les règles de la solidarité. Nous avons souffert par périodes de poussées xénophobes et de difficultés administratives (cartes de séjour, logement, etc...). Voilà pour ce qui est des mauvais souvenirs

Mais apparemment ces mauvais souvenirs n'ont pas influencé sur vos études et formation... c'était le cas pour tout le monde? Ou y en avait-il, parmi les étudiants marocains, qui abandonnaient à cause de ce genre de problèmes?

Le système universitaire français est sélectif. Le taux de réussite des marocains était je pense le même que celui des français à la faculté. Avec les complications administratives, les marocains qui ne s'en sortaient pas voyaient leurs difficultés s'accroitre.

A l'époque, il n'y avait pas de contrôle continu. Ça nécessitait de l'organisation, de l'autonomie

Vous avez parlé de recherche scientifique... Je rappelle à nos lecteurs que vous êtes également président de la Société Marocaine des Mathématiques Appliqués. Parlez nous de cet organisme, vos objectifs, activités, partenaires..

La société Marocaine de Mathématiques Appliquées a été crée en décembre 2005 à l'issu d'un congrès scientifique organisé à cette époque. Face au désintérêt croissant des jeunes élèves pour les disciplines scientifiques (dû en partie à l'absence de débouchés pour leur aînés), et conscients de la nécessité d'une réflexion sérieuse sur l'enseignement des mathématiques appliquées au Maroc, et sur la recherche en mathématiques appliquées en relation avec le développement du pays, nous avons crée ce cadre associatif.

Il permet aussi de promouvoir la recherche, d'encourager la tenue de colloques scientifiques, de développer les sciences de l'ingénieur (véritable levier du développement et d'offrir une tribune aux jeunes chercheurs) et assurer ainsi la relève pour une recherche dynamique et pérenne.

Nous organisons des colloques thématiques. Un grand congrès tous les deux ans. Mais nous avons aussi un programme de diffusion de la "culture mathématique" : expositions, conférences grand-public, conférences pour jeunes élèves pour leur faire aimer les mathématiques. Nous comptons d'ailleurs organiser fin mai une compétition de culture scientifique et mathématique entre les jeunes et le club scientifique de l'ENIM en est l'instigateur.

Très intéressant!! Sincèrement chapeau bas!

En parlant de congrès, il y a quelques jours vous venez d'organiser le congrès des mathématiques appliquées à l'ENIM. Comment ça s'est déroulé? racontez nous des exemples d’anecdote qui se sont passées pendant l'organisation... ou bien tout était parfait (comme le sont les mathématiques) ?

Tout n'était pas parfait, comme les mathématiques d'ailleurs, qui ne sont pas parfaites.

Le plus beau moment, de mon point de vue, fut la conférence du Professeur J.P. Kahane, de l'Académie des Sciences qui a parlé du retour de l'Esprit de Fourier, ou du feed back entre l'intuition physique et la rigueur mathématique. Comme vous le savez Joseph Fourier est un génie reconnu comme tel à titre posthume, les physiciens ne le considéraient pas des leurs et les mathématiciens ne le reconnaissaient pas des leurs. Ses opinions politiques à l'époque n'arrangeaient pas les choses non plus.

Ce qui a été fantastique c'est que la salle de conférences était comble, plus de 400 personnes, des grands chercheurs confirmés venus au congrès, des élèves ingénieurs de l'ENIM, mais aussi des élèves des classes préparatoires du Lycée Moulay Youssef de Rabat. Trois générations. Et c'est le club scientifique de l'ENIM qui a organisé la participation des élèves des classes préparatoires à cette conférence

Où se déroulera la prochaine édition du congrès? Toujours à l'ENIM?

Elle sera dans deux ans, mais c'est le nouveau bureau qui décidera du lieu et de la date exacte

Juste par curiosité (et ça peut aussi être utile pour nos cours de gestion de projet), L’organisation d’un tel grand événement nécessite combien en temps de travail, et aussi... en argent? Comment votre association finance ses projets? Subventions publiques, privés, dons..?

La préparation du congrès a commencé il y a un an. Toutes les demandes de subvention doivent être formulées 6 mois avant l'événement. Nous n'avons pas une structure "agence par exemple" qui s'occupe de l'organisation pratique du congrès (réservation des salles, des hôtels, accueil des participants, restauration, pause cafés, etc...). Nous organisons tout nous-mêmes, et comme nous ne sommes pas des professionnels, ça nous demande plus de temps.

Nous avons été financés par des institutions publiques de recherche marocaine et française. Mais nous avons aussi bénéficié du sponsoring d'entreprises sensibles à la recherche en mathématiques appliquées. Je cite: l'ONDA, NAREVA, l'ONA, Crédit Agricole, ONEP, Bourse de Casablanca, Entreprise ASTA (Café), Entreprise ATLAS (Peinture). Certains chefs d'entreprises ont été ravis qu'on leur fasse la demande.

Le coût du congrès est autour de 500.000,00 dirhams pour 250 participants. Les billets d'avion (100 personnes) n'étant pas inclus.

De ce que j'ai compris les entreprises marocaines commencent à s'intéresser à la recherche scientifique. Bonne nouvelle! C'est quelque chose de nouveau au Maroc?

Je pense que la Recherche & Développement est encore faible mais elle existe. Une prise de conscience des entreprises marocaines de la nécessité de la Recherche & Développement est perceptible dans les secteurs de grande valeur ajoutée technologique. Elle reste embryonnaire. Nous devons, nous les scientifiques, à travers nos associations, nos laboratoires, convaincre de sa nécessité.

Je vous souhaite donc bonne chance dans votre démarche!

En restant dans le monde de l'entreprise, des projets, et des ingénieurs, vous savez très bien que l'état projette de former 10.000 ingénieurs pour 2010. Qu'en pensez-vous? Une réponse à un vrai besoin ou une décision sans stratégie derrière? Le Maroc est il vraiment capable de former 10.000 ingénieurs de "bonne qualité" ?

Je pense que le Maroc a besoin de former de plus en plus d'ingénieurs de qualité. C'est un gage pour l'investissement. Mais leur formation est exigeante, et nous n'avons pas autant de jeunes dans les classes scientifiques en mesure de faire des études d'ingénieurs. Le Maroc, à mon humble avis, doit faire un travail de fond à la base: primaire et secondaire.

Je pense que le défi vaut la peine d'être relevé même si le marché mondial de l'emploi nous prend nos ingénieurs.

Merci pour toutes ces réponses très intéressantes! Pour terminer on va faire un petit jeu rapide, vous devez répondre par « pour » ou « contre », d’abord êtes vous d'accord?

D’accord, mais je peux ne pas avoir d'opinion.

Oui si vous voulez

Ok.

Donc commençons. Pour ou contre la politique d'immigration choisie de M. Sarkozy ?

Contre.

Pour ou contre la formation des ingénieurs dans les universités?

Pour avec des conditions

Des conditions comme quoi?

Un cursus de formation clair, des moyens humains et matériels et de vrais stages de PFE.

Ok. Vous savez à Maroc-inge.com on aime bien la politique étrangère… Pour ou contre un président noir à la tête des états unis ;) ?

Pour.

Pour ou contre la suppression des prépas?

Pas d'opinion.

Pour ou contre une année 2008 pleine de projets pour le Maroc, et plus de bonheur pour tous nos compatriotes partout où ils sont?

Pour

Êtes-vous sûr?

Sûr et certain.

C'est bon, vous avez donc gagné le jeu :) !

Merci :)

Un conseil pour les élèves ingénieurs qui veulent s'orienter vers la recherche?

C'est un excellent choix ! Ils seront le moteur de la Recherche & Développement, et nous récupérerons d'excellents enseignants chercheurs pour nos écoles d'ingénieurs.

Je pense que le message est passé! Un dernier mot monsieur Najib?

Je vous souhaite beaucoup de succès et à Maroc-inge.com une longue vie.

Merci !

De ma part et au nom de toute l'équipe de Maroc-inge.com, je tiens à vous remercier encore une fois d'avoir accepté notre invitation. C'était intéressant et très enrichissant ! Ce fut vraiment un plaisir de m’entretenir avec vous! Merci encore!

Merci aussi à vous !

 

Interview réalisée par Younesman