Mohamed Hamadi BEKOUCHI : De l’âge usinier aux services Immatériels et cognitifs
Depuis la nuit des temps, l'objectif premier de l'entreprise reste le profit financier et l'augmentation de son capital. A ce sujet, le business n'obéit point au jeu de la roulette russe et s’oppose à tout ce qui provient de l’altruisme désuet et des lois divines
Association d’intelligences
Depuis la nuit des temps, l'objectif premier de l'entreprise reste le profit financier et l'augmentation de son capital. A ce sujet, le business n'obéit point au jeu de la roulette russe et s’oppose à tout ce qui provient de l’altruisme désuet et des lois divines. Plus que par le passé, toute entreprise qui vise l’excellence est condamné à inventer de nouvelles philosophies du travail pragmatiques et créatives car elle vogue dans une mer agitée et trouble ! Les rivaux les plus enragés renversent les inaptes.
L'entreprise est une association des intelligences collectives : hommes et femmes [1], de jeunes et de moins jeunes engagées dans une relation organique dans le travail leur prend le meilleur de ce qu'ils ont en mieux en force physico-affective, mentale et en fraîcheur intellectuelle. Par nature, c’est un lieu où s'orchestre avec le plus de conviction la valse des éthiques raisonnant, d’ailleurs, de moins en moins par catégories socioprofessionnelles ou par clans de rentiers et encore moins par esprit de propriétaire-carriériste.
Dénationalisée et mondialisée
Il n'y a pas très longtemps encore, l'entreprise marocaine avait des pratiques managerielles qui étaient intimement liées à son environnement économique immédiat et à l'héritage social et familial de son Maître féodal et de ses Sujets intimidés. C'est l'expansion de l'économie de marché à l'échelle mondiale via sa libéralisation et la multiplication des systèmes de communication qui a tout chamboulé en imposant des produits et des services immatériels et cognitifs » [2].
Obligée, par conséquent, de se d&nationaliser et de se dénationaliser, l'entreprise marocaine [3] ne peut accéder à l'arène des Grands que par la mise en valeur de ses intelligences humaines ; concrètement, les préparer à être capable d’imaginer et d’anticiper
Et pourtant, l’entreprise marocaine est restée muette et sourde aux profondes mutations sociologiques que connait le monde du travail et les rapports socioprofessionnels. Elle vit à l'âge usinier, sous-estimant la puissance de la révolution scientifique et économique qui se déroule autour d'elle. Très généralement, du PDG à l'agent d'accueil, ils s'accrochent à leur poste et aux systèmes archaïques d'organisation et aux anciennes filières d'attribution de galons fictifs.
Les logiques évidentes de changement
Que l'on soit patron, cadre, agent d'exécution ou encore artisan ou saisonnier, ou jeune sur la voie d'intégrer le monde du travail, le parcours professionnel ne sera plus canalisé dans le même secteur d’activités ni le même métier ni dans la même localité pour la vie comme par le passé.
Si les logiques évidentes de changement deviennent une exigence de la société des sciences et des techniques. Paradoxalement, le gros du bataillon y compris des dirigeants marocains, n'a pas la fringale du savoir ni ayant assimilé les cultures de changement. Difficile, par conséquent, pour les uns comme pour les autres de se débarrasser, du jour au lendemain ; de lourds handicaps psychologiques et culturels qu’ils trimbalent, dès lors, le danger qu’affronte l’économie marocaine, n’émane pas foncièrement de la puissance des Grands pays et des multinationales, mais plutôt de la manière de réagir avec les logiques d'hier
Tristement, seule une minorité de leaders marocains a intériorisé les valeurs du changement ; du coup, ils rayent de leur tableau de bord tout ce qui peut naître de la seigneurie tribale du début du 20ème siècle et de la procrastination. Ne dormant jamais sur leurs lauriers. Ils savent que leurs collaborateurs ont besoin d’eux, à tout instant, pour les écouter, pour les conseiller, pour les motiver et parfois, pour les remettre à leur place.
Conscients que tout se construit et se défait sans délai. Plus question pour cette race de mentors de se contenter d'observer le train en marche. N’est- ce pas la légende de l'entreprise gagnante ne se déclare pas, elle se crée à travers l'innovation et la croissance ? Il y a déjà presque deux siècles que Schumpeter, le fondateur de l'économie du changement, a mentionné «qu'à l'origine du profit se trouve l'innovation» [4].
Revalorisation du smic culturel
Dans une dizaine d’années, il faut dire adieu dans à l'arpète, au mousse, au coursier, à la domestique, aux marchands ambulants, aux petits détaillants, aux gardiens de voitures, qui furent longtemps des occupations honorables, un écran social contre l'exclusion et l'anomie.
Hostile aux résistances et à l’ignorance, le principal capital de la société des sciences et des techniques provient des intelligences. Aucune nation comme entreprise qui n'en est pas persuadées ne survivront. Des milliers de nouveaux métiers et de nouveaux secteurs d’activités et de nouveaux produits [5] apparaîtront exigeant, du coup, une ressource humaine qualifiée et mobiles ; « une sorte de génération inoxydable » [6].
A cet effet, le smic culturel est revalorisé ne se limitant plus à savoir lire et écrire. La personne doit, de surcroit, être en mesure de maîtriser une ou deux langues, de posséder des connaissances substantielles en informatique et en culture générale et ayant le goût de mobilité et la prise d’initiatives. On relève fâcheusement que le Maroc parait bien loin du compte. Une certitude, si la société marocaine demeure sous l'emprise du démon des illusions perdues et fantasmagoriques, elle risque, facto, d’être renvoyée, à l'ère antique ou de fabriquer que sa propre menace et son auto flagellation... voire son suicide économique et culturel.
Promoteurs de démocratie économique et culturelle
Incontestablement, l’unique choix pour les politiques, les dirigeants d’entreprise, les syndicalistes, les intellectuels et tous ceux qui sont posés sur un quelconque trône doivent trouver de nouvelles raisons suffisamment solides et convaincantes pour inciter les générations montantes à croire et à aimer le Maroc et la vie.
En clair pour que les espérances marocaines ne soient plus que fantasmes et discours nationalitaires et se transforment en projets gagnants, tous :grands comme petits doivent être conscients et s’engagent car ils sont embarqués dans le même bateau devenir d’authentiques promoteurs d'une démocratie économique et culturelle, plus forte et plus juste, favorisant, ainsi, au Maroc dans un moyen terme ; 10 à 15 ans, l'accès à la galaxie des nations heureuses.
N'est-il pas prouvé que le leitmotiv des entreprises et des nations qui visent l'excellence a pour tiercé gagnant : travailler beaucoup, travailler toujours et travailler encore ?
[1] La mixité sexuelle est une évidence naturelle, une exigence de civilisation des temps modernes. En Europe, la proportion des femmes actives par rapport aux hommes « est de 45,5% en France, de 45,7% en Allemagne, de 46% en Grande Bretagne et de 41% en Espagne ». Invraisemblable ! Pour les 10,5 millions d'actifs au Maroc on enregistre à peine 2,5 millions de femmes : 4 hommes pour moins d'une femme. En plus, des discriminations salariales et des harcèlements moraux et sexuels, elles sont sous-représentées dans les postes de direction. En revanche, celles-ci représentent le plus gros bataillon dans les industries manufacturières et la catégorie du personnel intérimaire et domestique.
[2] GORZ A. L’immatériel, Ed Galilée, 2003
[3] EL MALKI T. Risque pays et stratégies d’investissement : le cas du Maroc, Ed Okad El Jadida.2006
[4] SHUMPETER Joseph, Les cycles des affaires; Business Cycles: a Theoretical, Historical and Statistical Analysis of the Capitalist Process. 1939
[5] En 2008, plus de 1 000 produits verront le jour, juste dans le secteur numérique
[6] CIQUEL M., La génération inoxydable, Ed Grasset, 1989.
*Pr. Mohamed Hamadi Bekouchi est aussi un spécialiste des secrets de l’univers entrepreneurial. En sa qualité de consultant international, il conseille de grands dirigeants aux quatre coins du monde. Après son dernier succès « La Diaspora Marocaine », son nouvel ouvrage, « La rage de gagner » s’attaque au sujet passionnant et épineux du développement personnel, de l’intelligence collective et de l’épanouissement de l’entreprise marocaine. Voici le fruit de trente années d’expériences au Canada, en France, en Grande Bretagne, aux Pays Scandinaves, au Brésil et en Afrique du Nord.
