Larbi : Créateur du blog Larbi.org

Ancien ENSIASTE Promo 99, Larbi est Ingénieur de métier mais journaliste de passion, notre interviewé de la semaine et le célébre Larbi qui a marqué la blogsphère marocaine par son fameux blog Larbi.org.

 

« Peut-être c’est cette banalité-là et ce côté anti-héros, qui font que les gens viennent chaque jour encore plus nombreux, ils se sentent un peu entre copains »


« Ma vie professionnelle n’a absolument rien à voir aux thèmes abordés dans mon blog, j’ai plutôt le profil type de beaucoup de visiteurs de Maroc-inge , un consultant dans domaine lambda qui passe son temps de travail à cogiter et spécifier les solutions »


« Mais il se trouve qu’on ne se résume pas à sa profession, ni à son diplôme, et qu’on est consultant ou technicien uniquement aux heures de bureau. Après certains d’entre nous font de la musique, la poésie, du football ou la danse. Moi je me prends pour un témoin de mon temps »


Alors Ssi Larbi je te laisse te présenter à nos chers visiteurs qui seront sûrement en soif de te connaître plus ?!!


Merci à toi Yassine et à l’équipe de Maroc-inge d’avoir pensé à m’interviewer. Pour faire une présentation « entre ingénieurs » je m’appelle Larbi, ancien taupin du Lycée Ibn Taimia à Marrakech, ingénieur de l’ENSIAS promotion 1999, je suis également ancien élève de l’Institut d’Administration d’Entreprises de la Sorbonne. Depuis neuf ans, je vis et je travaille dans la région parisienne, j’avais commencé comme ingénieur études et aujourd’hui j’effectue des missions dans le domaine de la finance auprès de grandes banques de la place. Au début de cette année, j’ai fondé avec deux associés une société de conseil spécialisée dans les marchés financiers et basée à la Défense.

Pour la petite histoire à l’époque je voulais faire EHTP. Il se trouve que j’avais un imprévu familial alors je me suis inscrit à la première école sur ma route et c’était l’ENSIAS. Finalement je n’ai pas regretté un instant ce hasard qui m’a fait ENSIASte ! Et pour l’anecdote je me rappelle que durant toutes mes études à l’ENSIAS mon rêve était qu’un de mes programmes marche et donne les résultats souhaités ! Ca ne m’est presque jamais arrivé ! Cela n’a pas empêché que dès que j’ai commencé ma carrière professionnelle tous mes projets aboutissaient comme par miracle ! Je dis cela pour remonter le moral si jamais y a des élèves ingénieurs dans ce cas :)

 


Alors un grand nombre des internautes marocains te connait comme étant « LARBI » ce jeune homme qui parle de tout et traite plusieurs sujets dans la même journée parfois. Depuis Octobre 2004, ton blog a accueilli plus de 20 000 commentaires. C’est quoi ta recette secrète pour fidéliser tant de visiteurs ? ça pourrait nous servir pour faire décoller le Blog Maroc-inge.

Déjà tous les porteurs du prénom Larbi devraient me remercier, il paraît que plus personne ne donne ce prénom à ses enfants et j’espère que j’ai contribué à le faire vivre sur Internet :)

Quand à ta question, elle m’est souvent posée et sincèrement je ne sais pas quoi répondre. Comme je le dis souvent je n’ai aucun don singulier, aucune connaissance particulière, aucun titre accrocheur, je ne suis expert en rien. Peut-être c’est cette banalité-là et ce côté anti-héros, qui font que les gens viennent chaque jour encore plus nombreux, ils se sentent un peu entre copains, tout le monde a des choses à dire, sans que ni ma parole ni celle d’un autre ne soit jugée plus importantes que la leur. Ce qui bien évidemment ne m’empêche pas de dire les choses comme je les sente en toute franchise et sincérité.

C’est une réponse un peu laborieuse, je l’avoue, mais le jour où je trouverais une meilleure explication je te tiens au courant et je te passe la recette.


Cela ne fait que dernièrement qu’on commence à connaitre que Larbi, qu’un bon nombre d’internautes marocains pensait être journaliste de profession, était un ingénieur consultant dans une entreprise à Paris (hia nssayfate lik CV d’ici 2 ou 3 mois pour une embauche:)). Alors comment as-tu découvert cette passion d’écrire sur un blog informatif et surtout comment tu arrives à trouver du temps pour écrire. A ce que je sache matat7okkouch rasskom fel conseil:).

Effectivement il arrive souvent qu’on me demande si je suis journaliste ou si j’étais le défunt Larbi le taxi driver du site Menara. Ma vie professionnelle n’a absolument rien à voir aux thèmes abordés dans mon blog, j’ai plutôt le profil type de beaucoup de visiteurs de Maroc-inge , un consultant dans domaine lambda qui passe son temps de travail à cogiter et spécifier les solutions et peut être aussi à chercher sur qui rejeter les erreurs et les retards de livraison :)

Mais il se trouve qu’on ne se résume pas à sa profession, ni à son diplôme, et qu’on est consultant ou technicien uniquement aux heures de bureau. Après certains d’entre nous font de la musique, la poésie, du football ou la danse. Moi je me prends pour un témoin de mon temps, je commente l’actualité et des choses plus ou moins sérieuses.

Je n’ai jamais su d’où me vient cette passion et pourquoi contrairement à d’autres je suis passionné par la chose publique. Je me demande quelle mouche m’a piqué de ce venin !

Quand au temps c’est simple et c’est une astuce que je donne gratos à nos futures jeunes : si vous aimez faire des choses et vous n’arrivez pas à trouver du temps, arrêtez de regarder la télé ! Savez-vous que les méditerranéens passent en moyen 3h50 chaque jour devant leur poste télé ? Personnellement j’ai pris sur mon temps télé pour bloguer et c’est à mon sens le meilleur moyen pour exercer ses passions sans que cela soit fait au détriment de sa vie privée et professionnelle.


En parlant d’ingénierie, est ce que le fait d’être un ingénieur t’a aidé à avoir ce recul sur l’événement à commenter, où ça n’avait pas de relation avec ton talent de bloggeur. Et Surtout est ce que tu ne penses pas te convertir en journaliste un jour, et enfin est ce que tu n’as jamais eu de propositions pour devenir chroniqueur dans des magazines ou journaux nationaux.

Non je ne crois pas. Je crains que ma formation d’ingénieur a fait de moi un bon technicien, peut être aussi elle m’a dopé d’un peu de rationalité et de cohérence, mais sans plus. Je pense sincèrement, que quelque soit notre parcours, on s’enrichit plus au contact des autres que sur les bancs des universités.

Quand au journalisme, j’ai beaucoup de respect pour ce métier et je n’ai ni la prétention de pouvoir le faire ni l’envie de le faire. Je sais que ça ne passe pas comme ça au Maroc, mais le journalisme c’est un métier qui s’apprend dans des écoles spécialisées comme pour la médecine ou l’ingénierie. Et bien que j’ai eu quelques propositions de chroniquer ici et là, j’ai toujours refusé pour deux raisons supplémentaires. La première c’est que je tiens à mon amateurisme et la liberté de ton qu’offre un support de type blog sans règles et sans contraintes. La deuxième c’est que j’ai déjà un métier qui me plait et qui me prend beaucoup de temps et je n’ai pas envie de faire un métier supplémentaire auquel je ne connais rien.


Dernièrement, on commence à voir une nouvelle vision de la blogmania marocaine, on se détache de plus en plus des blogs personnels du style : « Moi et mon Chou sous la douche », pour avoir des blogs qui visent à être une source d’information pour les visiteurs et un espace de discussion autour des sujets traités. A ton avis, ce changement est dû à quoi au juste ?


Je n’ai rien contre les blogs intimistes et je trouve que c’est plaisant, voire ludique, de lire des fragments de vie des gens y compris ce qui se passent dans leurs douches. Peut être c’est mon côté voyeuriste mais il faut du tout pour faire une blogosphère.

La blogosphère marocaine est considérée comme la plus active au Maghreb et il est vrai qu’au début très peu de blogs parlaient politique, économie, …. Mais contrairement à il y a deux ans, les blogs se sont beaucoup développés au Maroc et il y a chaque jour de nouveaux bloggeurs venant des horizons les plus divers. C’est cette propagation du phénomène et cette diversité de bloggeurs qui a fait émerger des blogs traitant des sujets sérieux. Et encore on n’en est qu’au début du phénomène je crois dans deux ou trois ans la blogoma s’imposera encore plus dans le paysage médiatique marocain comme l’agora ou s’expriment les citoyens et se juxtaposent les points de vue.


Sinon faire partie des 100 personnalités qui font bouger le Maroc selon le n° 285-286 du magazine Telquel, dont nous te félicitons, ne t’a pas mis de la pression ?. Comment tu te définis dans cette participation à faire bouger le Maroc ?.


Il s’agit, bien entendu, d’un classement subjectif de la rédaction du magazine mais j’ai été flatté de voir mon nom de famille parmi des gens extraordinaires. Parfois je suis le premier étonné de la tournure qu’ont prises les choses, de tous les articles de presse me citant et ces journalistes qui me sollicitent que ce soit en France eu Maroc parfois même aux Etats-Unis. C’est pas facile à gérer cette popularité que je n’ai pas cherchée et j’irais même jusqu’à dire je n’ai pas souhaitée parce qu’elle d’une certaine façon incompatible avec ma vie professionnelle et personnelle. Et surtout parce que tout compte fait j’estime que je n’ai rien fait de si exceptionnel à part tenir un blog. Oui tout cela m’a mis de la pression : j’ai l’impression que les gens attendent beaucoup de moi or ce n’est pas le but du blogging, je ne suis pas un professionnel du contenu ! Alors je fais ce que je sais faire de mieux : n’en tenir qu’à ma tête ! Je continue à faire des billets extrêmement insignifiants et médiocres quand ça me dit et à ne rien changer dans mes habitudes de blogging capable du meilleur mais aussi du pire.

Quand à faire bouger le Maroc, je veux croire que chacun d’entre nous y contribue à sa façon et selon ses envies et ses moyens. Avec mes amis bloggeurs, et plus généralement internautes, nous contribuons à faire émerger une conscience collective, à faire construire une intelligence collective et à s’immiscer là où on nous n’attendait pas : dans la politique par exemple un domaine jusqu’à ici réservé aux rentiers et aux experts du domaine à qui on a un peu retiré le monopole.


En lisant tes billets, on remarque que tu t’intéresses aussi à la vie en France, est ce un intérêt lié au fait que tu y vis actuellement, ou parce que tu juges qu’elle bouge beaucoup et constitue donc une source importante d’actualité ?!


Et bien je trouve que je n’en parle pas assez sur le blog. Mes journées sont ponctuées par les commentaires sur l’actualité française, et j’en parle beaucoup que ce soit avec mes amis ou avec mes collègues de travail. Parfois je prolonge la partie sur le blog et parfois ayant tout dit dans la journée je n’ai pas envie d’en rajouter le soir sur le blog.

Quand on vit en France, on ne peut pas échapper aux différents scrutins, il y en a pratiquement un par an, présidentielle en tête, ni aux différents débats de société car ça nous concerne en tant que citoyens bi-nationaux ou tout simplement des résidents de ce pays.



Pour rester dans la première règle du net, ne pas faire long pour que ça se soit lu, un dernier mot à la communauté des élèves ingénieurs Marocains ? De notre part toute l’équipe Maroc-inge te remercie pour cette interview et te souhaite bon vent dans ton parcours en virtuel comme dans la vie réelle.


Et bien c’est en partie raté car je crois que je n’ai pas fait court :) Je voudrais te remercier cher Yassine, j’ai pris beaucoup de plaisir à répondre aux questions de l’équipe Maroc-inge moi qui trouvais l’exercice habituellement ennuyeux où on ne fait que se répéter. Vos questions m’ont rappelé mes années d’études. C’était il y a mille ans et je m’en souviens encore. J’espère que les élèves ingénieurs profiteront eux aussi de cette belle période de leur vie. Et que chacune et chacun, au delà du diplôme et de l’emploi, essaye d’explorer le potentiel qu’il a en lui même pour échapper à la banalité et marquer son époque par son empreinte personnelle.


Interview réalisée par Y@ssine